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La chimère écarlate

La chimère écarlate

Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.
Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.

Pour la communauté Le Tableau du Samedi gérée par Lady Marianne, voici ma participation du samedi 28 septembre, sur le thème « Vues des Villes ou des Monuments », d'après un choix de MONICA BREIZ ou sur un thème libre.

 

Pourquoi ai-je choisi ce tableau ?

Trois raisons principales m'ont motivée...

Je suis charmée par la remarquable esthétique du Pont des Arts et l'atmosphère rêveuse et bohème qui en émane...

J'aime beaucoup Jean Béraud, peintre amoureux de son époque et je prends grand plaisir à me promener dans le vent, énergie-souffle aux passions rebelles qui transfigure nos mouvements...

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.

Les promeneurs s'activent sur le Pont des Arts, ancienne Passerelle des Arts, premier pont métallique national dont la construction fut décidée, le 15 mars 1801, par un décret de Bonaparte.

 

Ils montent et descendent dans un flux élégant, tels des fourmis bien habillées qui déambulent entre le Louvre et l'Institut de France.

 

Toujours très apprécié aujourd'hui de par sa position stratégique et la vue remarquable qu'il offre sur la Seine et les monuments alentour, le Pont des Arts était déjà très en vogue quand il s'appelait « Passerelle des Arts ».

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.
Photo Cendrine

Photo Cendrine

Promenade à la mode, audacieuse dans sa composition en fonte, matériau plébiscité par l'industrie anglaise pour la construction des monuments utilitaires, la Passerelle des Arts vit son projet présenté, le 15 mars 1801, au Conseil des Ponts et Chaussées, par l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart (1717-1806).

 

La réalisation de l'ouvrage fut confiée à l'ingénieur Jacques Vincent Lacroix de Dillon (1760-1807) qui dessina neuf arches en fonte soutenant une plate-forme horizontale réservée aux piétons et dès l'inauguration, le 23 septembre 1803, les promeneurs furent en mesure de se réjouir.

 

Ils s'acquittaient d'un droit de péage et découvraient l'ensemble, conçu comme un jardin suspendu au-dessus des flots. Des bouquets parfumés, des arbustes verts, des plantes exotiques et des orangers en pots étaient répartis de part et d'autre des balustrades.

 

Amoureux et passants pouvaient jouir de la plaisante atmosphère des lieux, grâce aux bancs, aux échoppes et aux bateleurs qui s'y trouvaient. Un glacier y avait établi ses quartiers. Au fil de la nuit, les rencontres et les discussions s'étiraient, dans un ballet de lanternes... Il faut toutefois préciser qu'on pouvait éviter de payer « un sou » et passer par le Pont-Neuf.

Photo Cendrine

Photo Cendrine

En 1981, la passerelle visible sur le tableau de Jean Béraud a été détruite et entre 1982 et 1984, remplacée par une copie en acier d'une longueur de 155 mètres, réalisée par l'architecte urbaniste Louis Gerald Arretche (1905-1991).

 

Au lieu de posséder neuf arches en fonte, l'oeuvre est rythmée par sept arches symétriques en acier, élargies pour favoriser le passage des péniches et des bateaux mouches. Cette destruction était indispensable car la « dame de fonte » avait subi en 1942 des bombardements qui l'avaient fragilisée et trois accidents fluviaux majeurs, en 1961, en 1973 et en 1979, qui l'avaient endommagée de manière irréversible.

Photo Cendrine

Photo Cendrine

Le tableau de Jean Béraud décrit l'agréable atmosphère associée à ce passage au-dessus de l'eau qui unit la Grande Galerie du Louvre et le Quai de Conti, rive gauche, où se dresse l'Institut de France.

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.

Ce bâtiment superbe, fleuron de la Culture Française était appelé autrefois Collège Mazarin ou Collège des Quatre-Nations. Sa fondation fut réclamée par Mazarin (1602-1661) dans son testament, en 1661, et financée par un legs de quatre millions de livres.

 

Il fut construit, à partir de 1663, par l'architecte Louis le Vau (1612-1670) qui dessina, en bordure de Seine, une façade courbe flanquée de deux pavillons décorés de pots-à-feu. En 1670, François d'Orbay (1634-1697) succéda à Louis Le Vau. Il conçut le célèbre dôme circulaire couronné par une élégante lanterne.

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.
Photo Cendrine

Photo Cendrine

En 1805, Napoléon y transféra l'Institut de France et ses cinq académies, dont la plus célèbre demeure l'Académie Française. La coupole, intérieurement de forme elliptique, protège la salle où se réunissent les Sages.

 

Les académies sont l'Académie Française, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Sciences, l'Académie des Beaux-Arts et l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

 

L'Institut abrite l'extraordinaire Bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France et, sous le dôme, la chapelle où trône le Tombeau de Mazarin, sculpté par Antoine Coysevox (1640-1720), Étienne le Hongre (1628-1690) et Jean-Baptiste Tuby (1635-1700). Le tableau de Jean Béraud conduit donc le visiteur vers bien des trésors...

 

L'Histoire a également retenu que la célèbre tour de Nesle s'élevait à l'emplacement de l'actuelle aile est de l'Institut.

 

Cette tour formait l'extrémité de l'enceinte de Philippe-Auguste et marquait l'entrée de Paris pour les bateliers qui remontaient la Seine. Dans l'obscurité, une lanterne, la première de « Lutèce », se balançait au bout d'une potence suspendue tout au sommet. Les promeneurs de la toile que nous « visitons » pensent-ils à cela ?

 

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.
Portrait de Jean Béraud par Nadar (pseudonyme de Félix Tournachon, 1820-1910) vers 1885.

Portrait de Jean Béraud par Nadar (pseudonyme de Félix Tournachon, 1820-1910) vers 1885.

Jean Béraud naquit à Saint-Pétersbourg et déménagea à Paris, en 1853, après la mort de son père. Il étudia au Lycée Bonaparte et à l'École des Beaux-Arts où il devint l'élève du maître Léon Bonnat. Ce peintre Belle-Époque, artiste mondain au regard de photographe, connut un grand succès. Il aimait croquer les jolies passantes sur le vif et représenter les rues animées de la capitale, les monuments célèbres et les promeneurs dans leurs beaux habits. Il multiplia les scènes de genre et fut également portraitiste.

 

Il fut en 1890, l'un des fondateurs de la Société Nationale des Beaux-Arts. Parmi les autres fondateurs, on trouvait Pierre Puvis de Chavannes, Auguste Rodin et Joseph Meissonnier. Vice-président de cette institution, il devint Chevalier de la Légion d'honneur en 1887 et Grand Officier en 1894.

 

Cet artiste amoureux de Paris repose dans la première division du Cimetière de Montmartre.

Le Tableau du Samedi : Jean Béraud, Le Pont des Arts par grand vent, 1880-1881.

Pour un lecteur ami passionné par l'oeuvre de Marcel Proust, Monsieur Richard Lejeune fondateur de Egyptomusée, je rajoute que Jean Béraud fut l'un des témoins de Marcel Proust lors du duel au pistolet qui opposa l'écrivain, le matin du 6 février 1897, au critique littéraire Jean Lorrain. Proust et Lorrain s'affrontèrent suite à une critique des plus violentes, écrite par Jean Lorrain au sujet du premier ouvrage de Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours. Un épisode de vie cité par Patrick Offenstadt dans le Catalogue raisonné : Jean Béraud. La Belle Époque, une époque rêvée, paru chez Taschen, Wildenstein Institute et à Paris en 1999.

 

Et pour d'autres détails...

 

https://www.retronews.fr/arts-faits-divers-societe/echo-de-presse/2017/12/11/le-legendaire-duel-au-pistolet-de-marcel-proust

 

J'ai encore bien « discuté » autour du Tableau du Samedi... L'Historienne de l'Art que je suis ne peut pas s'en empêcher cheeky et d'ailleurs, si je le faisais, je me ferais gronder par des ami(e)s qui me disent prendre grand plaisir à lire mes billets alors... Je ne chasserai pas le naturel, sourires affectueux !

 

Merci pour vos gentils messages concernant ma pause d'il y a quelques jours. Je cicatrise en douceur... Je suis encore secouée par le « mélange » crises d'épilepsie, malaise vagal, hématomes et saignements mais ça remonte doucement... Merci à vous et gros bisous, prenez bien soin de vous ! heart

PS: J'ai eu des soucis avec mon précédent billet intitulé Bienvenue à l'Automne 2019... Il s'est publié de nombreuses fois... Je n'ai pas fait de manipulations étranges dans la partie administrative, j'ai fait comme d'habitude et j'ai un drôle de bug avec ce billet qui se "multiplie"... Je suis désolée si vous l'avez reçu en plusieurs exemplaires ou si les newsletters se sont multipliées aussi... surprise

 

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Mireille.29 23/03/2020 08:21

Bonjour Cendrine.
Merci de ton petit commentaire et pour ton lien.. Ce qui m'a permis de lire cet article d'une grande qualité sur l'historique de ce pont.. prend bien soin de toi..Amitié de la Bretagne.

Pastyme 02/10/2019 11:33

Un des ponts les plus célèbres de la capitale, dont tu fais un historique tout à fait intéressant....ce tableau est magnifique, on "voit" les mouvements des vêtements dans le vent....
Bonne journée

kimcat 28/09/2019 19:31

Superbe article documenté
J'aime beaucoup ce tableau.
Prends-bien soin de toi.
Bises Cendrine.

Promeneur75 28/09/2019 18:57

Génial article comme vous en avez l'art!

Renée 28/09/2019 15:10

Je viens de découvrir que tu as de blog grâce à un com sur l'autre, curieuse je viens voir et ho comme j'aime cette page qui marie ancien et actuel et cette peinture pleine d'allant. Bisous soigne toi bien surtout

LADY MARIANNE 28/09/2019 12:03

j'apprends que tu es souffrante-- j'espère que tu as de quoi te soulager--
un excellent article sur ce pont- merci pour les précisions- ton ressenti- tes avis-bisous-

Golondrina63 28/09/2019 09:38

Un très très bon choix
J'ai vraiment apprécié ce billet de qualité
Je te souhaite une agréable fin de semaine ensoleillée
Bises

Claudine/canelle 28/09/2019 09:15

Bonjour Cendrine , toujours des difficulltés pour commenter , ta case bouge tout le temps
Merci pour toutes tes exolications sur ce très beau tableau ,Prends bien soin de toi
Gros Bisous

ZAZA 28/09/2019 07:50

Coucou ma Cendrine,
Tu as choisi un magnifique tableau de Jean Béraud. Je ne connaissais pas cette toile qui est magnifique. Tu en parles très bien et j'ai beaucoup aimé cette opposition des détails de cette toile à tes propres photos. Un grand bravo. Merci ! Bises et bon samedi sans oublier ton Christophe.

Richard LEJEUNE 28/09/2019 07:41

Merci Cendrine d'éclairer d'un nouveau point d'histoire parisienne ce samedi belge annoncé morne et pluvieux.
Ce pont me fut très familier quand je fréquentai jadis à multiples reprises le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Mais j'ignorais que celui qu'alors j'empruntais régulièrement ne constituait pas l'oeuvre d'art originale de Lacroix de Dillon.

En revanche, je connais mieux l'histoire entre Proust et ce Jean Lorrain dont la plume de vipère fut aussi à l'origine d'autres duels. Et, si vous le permettez, j'aimerais d'un détail qui a son importance préciser un point à propos de celui que vous citez ici.

Jean Lorrain était homosexuel, Marcel Proust aussi, ce n'est aujourd'hui un secret pour personne. Mais ce n'était pas encore le cas à l'époque. De sorte que les "proustologues" patentés pensent qu'en réalité ce qui piqua Proust dans les propos de Lorrain, ce n'est pas tant qu'il critiqua son recueil "Les Plaisirs et les jours" que le fait qu'entre les lignes annonçant qu'Alphone Daudet préfacerait le prochain ouvrage de Proust, Lorrain insinuait et par là-même dévoilait qu’une relation intime existait entre Proust et le beau Lucien, fils d'Alphonse Daudet.
Piqué au vif, s'estimant offensé, Proust provoqua Lorrain en duel. Le peintre Jean Béraud, un ami, fut, comme vous l'avez si justement rappelé, Cendrine, un des deux témoins de Proust lors de la rencontre qui eut lieu à 15 H., le 6 février 1897, à la Tour de Villebon dans la forêt de Meudon.
Comme aucun des deux hommes ne maniait l'épée, ce fut donc au pistolet que les choses devaient s'arranger. Il paraîtrait que d'un regard Proust et Lorrain s’accordèrent pour diriger leur balle vers le sol : tirant le premier, Proust l'envoie aux pieds de Lorrain qui, pour sa part, rate son coup.
Les témoins de chacun des adversaires conclurent alors que ce duel quelque peu avorté aplanissait le différend entre les deux hommes qui alors se quittèrent sans autre forme de procès ...

gérard 28/09/2019 07:36

Quel superbe article !

Brassens c'est peut être inspiré de ce tableau pour sa chanson "Le vent":
Si, par hasard,
Sur l'pont des Arts,
Tu crois's le vent, le vent fripon,
Prudenc', prends garde à ton jupon!

bisous gérard

jill bill 28/09/2019 04:04

D'autres aminutes "Evy" m'ont dit que OB buguait, pas moyen de mettre un article en ligne ou alors en x exemplaires ! Tu fais très bien ton job Cendrine et je découvre ce tableau superbe, un pêcheur parmi la bourgeoisie... Merci, agréable W-E bises

Elly 28/09/2019 03:54

J'espère que mon com est passé.
Magnifique billet.les détails m'impressionnent et font rêver.
Bisous Cendrine

Elly 28/09/2019 03:52

Un billet remarquable!
Je n'ose imaginer combien de temps et de travail il te faut pour écrire des choses si complètes.
C'est un plaisir de te lire.
Je lis chaque billet avec grande joie mais je ne commente pas toujours vu les problèmes avec mon tel. Ce tableau me plait beaucoup.
Tu en parles très bien.
La coupole de l'institut est une merveille.
Elle doit être très lourde et paraît légère
Merci Cendrine ce billet très beau
Bisous porte toi bien