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La chimère écarlate

La chimère écarlate

Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...

Clefs d'Imaginaire...

Clefs d'Imaginaire...

Bienvenue au mois de Février et merci pour la farandole de petits mots reçus ces derniers jours... Je vous invite, en ce temps particulier, à rêver de portes enchantées et de serrures magiques avec des images de clefs, collectées de ci de là, via mes pérégrinations insomniaques !

 

Clefs d'Imaginaire...

J'aime collectionner les clefs et j'aime écrire le mot « clef » avec son ancienne graphie, réminiscence des cours de Grammaire Historique que j'appréciais tant à l'Université. Le langage, à travers ses strates ambivalentes, y devenait code et cryptex pour des esprits bouillonnants de sève, des esprits un peu fous comme le mien... sourires !

 

Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...

« Clef »... Talisman d'Harpocrate, l'antique dieu du silence, le maître des mots inspirés...

 

Clefs d'Imaginaire...

Clef des champs que l'on dérobe, amulette des plaisirs défendus, clef de voûte étoilée...

 

Clefs d'Imaginaire...

J'aime le « f », la lettre qui ne se prononce plus, celle qui évoque irrémédiablement le secret, le feu alchimique, les étapes de la transformation du mot qu'elle clôture.

 

La lettre qui nous confronte à la serrure primitive, constituée d'une cheville ou d'un clou glissé dans un anneau et à la barre métallique utilisée pour ouvrir une porte. Graphie d'initiation...

 

Clefs d'Imaginaire...

Du latin « clavis » signifiant « clef, loquet, instrument de métal servant à ouvrir et à serrer » à sa variante « clavus », le « clou », la clef évolua et devint « le code nécessaire pour déchiffrer un texte ». L'idée de fermeture et de secret est omniprésente dans ses dérivés: clavicule, conclave, cheville... Mais la clef ouvre tant de choses !

 

Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...

Suspendue aux lèvres du mystère, elle active un balancier puissant entre le commencement et la fin, le rêve et la réalité, la mort et la vie. Au Moyen-Âge, elle fut l'instrument qui servait à tendre la corde d'une arbalète et l'outil permettant de calculer la date des fêtes mobiles, fêtes lunaires au parfum de paganisme enfiévré.

 

Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...

Bijou et amulette, elle fut et demeure le charme d'amour enfoncé dans la serrure du cœur...

 

Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...
Clefs d'Imaginaire...

La clef de l'harmonie, sur la portée du silence, qui nous invite à suspendre nos mouvements erratiques et à contempler, dans les ombres et les patines du temps, une parcelle d'Or Universel...

 

Clefs d'Imaginaire...

Une clef pour ouvrir des milliers de mondes chimériques et s'y promener en souriant !

 

Clefs d'Imaginaire...

Je vous souhaite un magnifique mois de février et de belles agapes gourmandes ! Gros bisous...

 

Clefs d'Imaginaire...

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Rose63 11/02/2019 11:06

C'est fantastique
Toutes ces clefs
@ Chacune une histoire de vie
Je dis bravo pour ton article de qualité
Bonne semaine
Bises

Newark 19/02/2018 03:33

Beautiful keys beautiful blog

mademoiselle may 15/02/2018 18:52

De vraies petits bijoux ces clefs qui laissent vagabonder notre imagination! un joli voyage enchanteur! gros bisous ma douce!

Pastyme 04/02/2018 17:36

Clé des songes, clé des champs......multiples déclinaisons pour les clés......dont on ne sait souvent pas quelle serrures elles peuvent ouvrir !....
Février commence mal avec des températures en chute ....ce soir 0° et fort vent du Nord...et neige prévue mardi....
bonne soirée
bonne soirée

Véronique S. 04/02/2018 11:12

Cendrine, mon amie
La clef est symbole de connaissance et si nous avons cette clef, nous pouvons chercher ,aller sur son chemin peut-être même de la notre .
la clef n'ouvre pas que des portes ,peut-être même que d'un mot on peut ouvrir ,comme sésame ouvre toi, c'est un mot magique .Un mot symbolique ! la clef peut ouvrir ou fermer,
ouvrir sur une recherche, une vie nouvelle ,fermer ou enfermer des secrets ou des pièces ,
des manuscrits, des révélations, des trésors ,des testaments .
Au fond de ma poche , je serre très fort la clef des champs , ma préférée , celle qui me permet de vagabonder en d'autres lieux .
Merci pour cet article qui me fait voyager bien au-delà du réel .
Il est certain que la clef de la connaissance , tu la détiens et ce pour notre plus grand plaisir .
Très beau dimanche .*
Je t'embrasse .

shuki 03/02/2018 16:05

Coucou ma Cendrine, quel sujet passionnant la clef, les clefs, on peut en parler à n'en plus finir, en rêver, la clef des songes, tant de mystères se cachent derrière une clef... Moi ce sont les portes qui m'attirent... mais d'ailleurs, ne s'ouvrent-elles pas avec une clef ! ! Merci pour ce merveilleux article peuplé de clefs magnifiques, objets précieux, objets utiles... ou inutiles quand les clefs n'ouvrent plus rien ! Je te souhaite aussi un beau mois de février, clef du printemps à venir, et t'adresse mille pensées d'affection. Gros bisous à toi, chère Cendrine, Suki

AnnickAmiens 02/02/2018 17:19

Magnifiques toutes ces clefs ! Elles ouvrent la porte du coeur de l'être aimé et espéré, la porte du Paradis, la porte de l'amitié, la porte du bonheur ... je rêve ...
Gros bisous mon amie Cendrine

Promeneur75 02/02/2018 13:11

La clef c'est déjà une chose importante faut-il encore savoir ce qu'elle ouvre ....

J'ai beaucoup aimé votre article évocateur de secrets enfermés au delà des apparences.

ZAZA 02/02/2018 12:20

Coucou Cendrine,
La clef déclinée sous toutes ses formes et ses symboles évoqués de très belle façon. Les illustrations sont franchement magnifiques.
Des symboles;notamment médiévaux, il y en a tellement et je te livre l'article de Fabienne Pomel qui m'a fait rêver.
"Glisser la clef d’amour dans la serrure du cœur, emporter ou détenir la clef du cœur : l’image se rencontre assez souvent dans les romans médiévaux. Il s’agira, à partir d’un corpus qui traite de l’amour profane – romans arthuriens, poésie lyrique, Roman de la Rose, jeux et dons courtois, traité intitulé La Clef d’amour1 –, de voir selon quelles modalités la métaphore de la clef est mobilisée pour dire l’amour comme expérience affective et sexuelle, mais aussi parfois le travail de la lecture. Dans les deux cas, la clef vient traduire l’idée d’une expérience initiatique en évoquant un passage. Détenir ou non la clef renvoie donc à un pouvoir et à un savoir qu’on acquiert ou dont on est inversement privé et qui mettent en jeu les figures de l’amant, de la dame et du dieu Amour, mais aussi du lecteur et de l’écrivain. Pouvoir ou ne pas pouvoir faire, mais aussi savoir ou ne pas savoir lire. Le Roman de la Rose et La Clef d’amour suggèrent autour du motif de la clef une corrélation entre les champs amoureux et textuel, qui se rejoignent dans l’expérience du plaisir. J’essaierai donc ici d’esquisser le profil métaphorique de la clef dans le champ de l’amour profane et d’envisager quelques exemples de la clef comme métaphore dans le champ textuel.
Le profil métaphorique de la clef dans le champ de l’amour profane
Une métaphore des seuils spatiaux et narratifs
La clef est un objet de l’entre-deux, du passage. Les textes exploitent bien sûr cette caractéristique spatiale pour structurer l’espace mis en scène mais aussi le récit. Dans le Roman de la Rose, la clef apparaît ainsi dans deux épisodes charnières du récit autour de deux seuils : celui du verger, gardé par Oiseuse, et celui du château où est enfermé Bel Accueil, gardé par les quatre portiers (Danger, Jalousie, Malebouche et Honte). Il est à noter que les emblèmes d’Oiseuse dans sa première description sont le miroir et le peigne, ainsi que le gant ; la clef n’apparaît que dans le discours ultérieur de Raison :
Les miniatures optent ainsi pour la représentation de différents emblèmes. La clef apparaît dans les mains d’Oiseuse des plus anciens manuscrits comme celui de Rennes jusqu’aux manuscrits tardifs et aux premiers imprimés avec les gravures sur bois3. Elle est parfois surdimensionnée, mais toujours en rapport avec la porte du verger et le franchissement potentiel ou amorcé. Quant aux clefs de la première porte gardée par Dangier, elles sont évoquées ponctuellement :
On note significativement une démultiplication fantasmatique des clefs comme rêve social et masculin de maîtrise totale du désir, avec les trois paires de serrures pour enfermer Bel Accueil, constituées en expression figée.
Mais c’est surtout l’abandon des clefs, jetées par les gardiens lors de la débandade générale qui suit le brandon de Vénus, qui est significatif.
Jeter les clefs est le signe de la perte de pouvoir sur l’espace et sur Bel Accueil à moins que ce ne soit plus simplement la perte de pouvoir sur soi dans l’expérience du désir sexuel chez la dame ? Les portes ouvertes, la cueillette devient en tout cas possible. Les clefs apparaissent donc cette fois-ci à un seuil conclusif, celui du dénouement. Il est intéressant d’observer que le continuateur anonyme, auteur d’un dénouement rapide, recourt aussi aux clefs dans un scénario de vol.
Dérober les clefs, c’est encore plus clairement échapper au pouvoir social ou moral qui s’exerce sur la rose et plus généralement sur les amants. Dans les deux cas, le franchissement a valeur initiatique puisqu’il s’agit dans un cas d’accéder à une société courtoise d’élection et dans l’autre d’accéder à l’objet central de la quête, la rose, dans une expérience amoureuse ou érotique. La clef ouvre l’accès à une société de divertissement et de plaisir ou directement à l’objet appelé à procurer le plaisir qu’évoque la cueillette. Les occurrences de la clef contribuent donc à structurer sur le plan narratif et symbolique le récit. Les deux lieux, verger et château, tendent d’ailleurs à s’équivaloir symboliquement comme métaphore potentielle du corps féminin.
Le Livre des échecs amoureux moralisés d’Evrart de Conty4 en attribuant au deuxième pion l’enseigne de la clef pour représenter le regard, relaie et exploite autrement la dimension inchoative de la symbolique de la clef en matière amoureuse.
Selon une logique analogique, la clef est à la porte de la maison ce que le regard est à l’amour, dans une même fonction introductive.
Le registre du pouvoir et du faire : la dame ou le dieu Amour détenteur des clefs
Détenir les clefs marque donc avant tout un pouvoir qui peut s’exercer sur l’autre alors que ne pas les détenir traduit une position de dépendance et de soumission. La clef se prête volontiers à illustrer la conception courtoise de l’amour qui fait de l’amant un vassal de la dame ou du dieu Amour. Ainsi, dans le Chevalier au Lion5, Yvain murmure que c’est la dame, qui détient les clefs de sa joie :
Dans Le Conte du Graal6, c’est Blanchefleur qui tourne la clef du cœur de Perceval :
On retrouve cette attribution d’une clef comme pouvoir sur le cœur de l’amant dans Jehan et Blonde :
Inversement, la clef est attribuée à l’amant qu’est Robin dans certaines pastourelles :
Robins a les clés de la serreüre8.
Dans le fameux poème de Thibaut de Champagne, « Aussi com unicorne sui » comme dans le Roman de la Rose, c’est directement le dieu Amour qui détient les clefs.
Il s’agit bien d’investir simultanément le dieu Amour comme seigneur et l’amant comme vassal. Les formules comme « être sire du cœur, « avoir mout grant poesté », et le terme répété de « servise » le soulignent aussi, ou encore « lier » ou « garder et joutiser » : « li cuers est vostres, non pas mien », déclare l’amant au dieu Amour. La réponse de l’amant à Raison, qui lui enjoint de ne pas se soumettre à l’amour, évoque à nouveau cette clef, associée à l’image d’un domptage avec les verbes refreindre ou denter.
La « clef fermant » est associée au verbe justiser et à la négation de la volonté. L’amant, présenté comme celui qui ne détient pas/plus les clefs de son cœur, apparaît comme soumis à une volonté extérieure et supérieure à la sienne. Inversement, l’amour est personnifié comme tout puissant dans sa capacité à enclore.
Une métaphore à structuration allégorique
Ce qui importe de souligner, c’est que la clef n’apparaît pas comme objet isolé mais dans une configuration qui met en jeu des objets complémentaires selon une logique qui oppose intérieur et extérieur, et mobilise souvent dans les exemples ci-dessus un contenant voire un contenu : la serre (serrure) dans le Chevalier au lion et le Conte du Graal, la serreüre dans la pastourelle, la porte dans le Roman de la Rose, l’escrin dans le Chevalier au lion et le Roman de la Rose, la charte chez Thibaut de Champagne (serre peut d’ailleurs signifier serrure ou prison). Cette constellation va permettre un développement métonymique des métaphores courtoises. De fait, la clef apparaît liée à un autre procédé également allégorique qui est l’autonomisation du cœur qui oscille entre réification et personnification. On peut souligner deux variantes, le cœur-coffret et le cœur en prison, toutes deux liées aux topos du cœur volé ou séparé, qui reste dans les mains de la dame, illustré chez Thibault où le cœur est personnifié comme prisonnier ou encore dans le Roman de la Rose.
Dans le Chevalier au lion, le cœur est comparé implicitement à un écrin emporté par la dame. On retrouve cette métaphore du cœur-coffre dans le Conte du Graal et dans le Roman de la Rose. Dans les deux cas, la métaphore de la clef s’inscrit dans un système allégorique par l’établissement d’une série d’équivalences analogiques implicites dans le Chevalier au lion : la clef = bon vouloir de la dame ; l’écrin = le cœur de l’amant ; le bijou (implicite) = joie. De même dans le Conte du Graal : clef = amour ; cœur = coffret. Et chez Thibault de Champagne : cœur = amant = prisonnier ; dame et dieu Amour = geôliers ; clef = bon vouloir du dieu Amour/de la dame ; piliers = talent ; huis = biau veoir ; anel = bon espoir ; portiers = Biau Semblant, Biautez, Dangier. Dans le Roman de la Rose, le cœur est à la fois écrin et prisonnier comme otage du dieu Amour. D’autres équivalences sont suggérées ; clef = volonté du dieu ; joial = plaisirs procurés par l’amour ?
La clef apparaît donc dans des allusions romanesques ponctuelles comme dans les développements descriptifs en poésie, au sein d’un réseau métaphorique qui tend vers l’allégorie et qui est centré sur la personnification ou la réification du cœur. Le Roman de la Rose en offre une variante narrativisée, avec l’intégration de la clef au rituel et à la gestuelle de l’hommage :
Cet épisode fait souvent l’objet d’illustration dans les miniatures ou les gravures. La gestuelle autour de la clef s’inscrit donc dans la logique de l’hommage et s’apparente dans sa signification à la représentation du baiser féodal ou des flèches tirées sur l’amant, comme signe d’un pouvoir exercé.
Le détournement grivois potentiel
Michael Camille, en étudiant les objets d’art faisant office de cadeau dans L’Art de l’Amour au Moyen Age, consacre un chapitre au coffre et à la clef. Il montre des exemples intéressants d’objets alliant la clef et le cœur, comme des cœurs entourant la serrure de coffres d’ivoire, de cuir ou de bois, ou un cadenas-pendentif en forme de c sur lequel est inscrit « De tout mon cœur ». Ce faisant, il souligne bien comment, par-delà la signification courtoise, est aussi présente une symbolique qui renvoie aux véritables rapports de force entre les sexes dans la société médiévale et qui n’évacue pas la dimension sexuelle. Ainsi des coffres de mariages.
La femme est figurée du côté de l’entrée de la serrure, ce qui indique sa condition fermée et virginale, le mariage étant, littéralement, la clé pour ouvrir le coffret et pénétrer le corps.
La clef du cœur peut donc laisser place à ou masquer la clef du corps. Le coffret offre en effet aussi une métaphore possible du sexe féminin que la clef peut ouvrir, observe encore M. Camille :
Le coffret, avec ses métaphores de l’ouverture et de la fermeture, son intériorité et sa surface extérieure, était toujours étroitement lié à l’inviolabilité du corps féminin, ouvert seulement par l’époux propriétaire.
Ce critique souligne bien l’ambivalence symbolique à l’œuvre en termes de pouvoir : l’amant ou le futur mari de fait signifie aussi, à travers l’objet offert, la domination potentielle qu’il compte exercer sur son épouse.
Un des Six dessins dialogués à double sens (fin XVe, Flandres), que B. Roy a eu la gentillesse de me signaler, illustre à merveille le détournement érotique possible des métaphores de la clef et du coffre. On y voit à gauche un homme tenant une longue clef dirigée vers la serrure d’un coffre que la femme tient face à lui. Les phylactères mettent en œuvre un échange qui consiste en une proposition érotique de la dame et une réponse masculine qui décline la proposition non sans insolence.
« La dame
Amis, veuilliez owvrir mon coffre
Que je vous baille, donne et offre.
L’homme
Dame, le coffre moult me plet,
Mais la serure me desplait,
Car ma cleif n’est point par mesure
Grande assez selon la fendure. »
Si on retrouve le jeu des équivalences allégoriques, c’est dans un registre sexuel où la clef vaut pour le sexe masculin et le coffre pour son complémentaire féminin, à la manière du bâton du pèlerin et de la meurtrière à la fin du Roman de la Rose. L’esprit de cet échange n’est pas sans rappeler les remarques sur les avantages et inconvénients des voies larges qu’offrent les femmes mûres dans le Roman de la Rose tout en évoquant peut-être simultanément une angoisse masculine devant une figure de la femme insatiable, perçue comme béance impossible à combler. La défaillance sexuelle masculine, évoquée en terme quantitatif ici, est à la fois le moyen de décliner la proposition sous les apparences d’une confession d’humilité et de laisser entendre une consommation sexuelle intensive chez son interlocutrice.
Le Sermon joyeux des quatre vents reprend plus crûment la métaphore en évoquant directement la « clef du con » à propos du premier vent (de ventus vinon).
Il semble y avoir ici une évocation de la virginité, assimilée implicitement à un trésor dont la femme doit garder précieusement la clef. Le sermon ne détourne pas la métaphore courtoise dans un registre grivois, comme le fait le Roman de la Rose autour du geste de frapper à la porte par exemple (hurter à la porte d’Oiseuse/hurter à l’huis pour Cacus et le pèlerin) mais on trouve dans Le sermon pour un nopce un exemple de rituel courtois trivialisé qui mobilise non exactement la clef, mais les cliquettes (loquets) : baiser les cliquettes de l’huis.
"De leurs maistresses, vont les nuictz
Baiser les cliquettes des huys.
Et quant quelqu’un les aperçoit,
Le soir les cliquettes pourvoit
De fange ou de diamerdis ;
Et Dieu sçait si sont refroidis
Les pauvres amants et peneux
Lorsqu’ils sont gastés et breneux"
Les clefs d’amours se déclinent donc d’un registre courtois, autour du cœur essentiellement, à un registre grivois ou trivial avec la clef du corps féminin. Ce faisant, la clef s’inscrit essentiellement dans une logique du pouvoir ou de l’impuissance, qu’elle soit affective ou sexuelle. Mais la clef apparaît aussi comme une métaphore possible de l’espace textuel qui met en jeu le savoir et plus particulièrement le savoir-lire.
La clef comme métaphore dans le champ textuel
La clef comme titre ou le savoir portatif
Le prologue de La Clef d’Amour s’ouvre sur le topos de la reverdie et l’éloge de la beauté de la dame aimée puis se poursuit par un songe dans lequel le dormeur voit apparaître le dieu Amour. Ce dernier exige de lui un service, traduire et abréger l’Art d’aimer d’Ovide en langue vulgaire « en lieu d’un petit portehors », sorte de bréviaire d’amour portatif, à la manière du dictionnaire philosophique de Voltaire, ou de poche dirait-on aujourd’hui. Il lui promet une belle rétribution.
Au réveil, le narrateur s’interroge sur cette vision et sa crédibilité mais décide d’accomplir cette mission d’écriture dont le dieu Amour l’a chargé.
Enfin, après l’habituel topos d’humilité, il baptise ce texte du nom de « clef d’amors ».
Le texte apparaît comme la clef qui donne accès à un savoir sur l’amour. La clef, c’est donc le texte lui-même, comme médiateur vers une connaissance qui est constituée par la doctrine d’amour. Cette médiation prend toutefois une coloration particulière par le travail de vulgarisation. Le dieu Amour insiste sur ce projet perçu comme une ouverture du savoir à un plus grand nombre de lecteurs, comme le souligne l’insistance du couple ouvrir/descouvrir.
Deux écueils sont soulignés à l’accès au savoir, la longueur du texte et le latin.
Dès lors la tâche est double : traduire à partir du latin et abréger.
On pourrait ajouter compiler, avec les verbes sommer ou estrere. De fait, la Clef d’Amour apparaît comme une traduction abrégée et libre du texte d’Ovide, construit comme lui sur un principe ternaire : la manière de choisir, puis de plaire et enfin de conserver l’objet de l’amour. Le livre comme clef d’un savoir est donc offert au lecteur (essentiellement l’amoureux) qui pourra en faire usage dans sa propre expérience.
Le lecteur, détenteur potentiel des clefs du texte allégorique ou de l’énigme
La Clef d’Amour ne se contente pas de mobiliser la clef dans son titre : elle reprend cette image dans un dispositif d’énigme annoncée dans l'incipit et détaillée dans l’épilogue autour d’une clef d’argent et portant sur les noms et surnoms respectifs de la dame et de l’auteur, mais aussi sur la date du texte. On trouve donc une nouvelle métaphorisation de la clef et des éléments métonymiques associés : le texte fait figure de coffre où est enfermée une énigme et la clef vaut pour la subtilité d’interprétation que le lecteur saura déployer ou non. Le verbe deffermer évoque le déploiement d’un système codé par l’auteur, « bien torner la clef » par la mobilisation d’une « subtile pensée ». C’est donc interpréter ingénieusement l’énigme qui consiste dans les lettres de l’expression « clef d’argent », comme l’explique le prologue.
Suivent alors une série de consignes cryptées basées sur des jeux de forme, d’interversion ou d’inversion et de sélection de lettres. Faute d’avoir éclairci l’énigme, pour laquelle une consultation directe des manuscrits serait vraisemblablement utile, je me contente ici de la décrire. Il faut d’abord faire quatre opérations sur les cinq premières lettres (clef d) puis ajouter aux résultats obtenus les lettres initiales, soit les 11 lettres de clef d’argent, ce qui donne 15 lettres.
La suite se corse par des sélections et des doubles usages de certaines lettres pour obtenir les noms de l’auteur.
Enfin, de là, le lecteur devra dériver le nom de l’amie puis son surnom.
Les derniers vers proposent une ultime combinaison pour obtenir la date du texte :
La clef métaphorise ici le code crypté de l’énigme des lettres fondée en partie sur les lettres mêmes du mot clef. C’est donc avant tout l’écrivain qui apparaît comme le détenteur des clefs, qui permettent de laisser les mauvais lecteurs sur le seuil d’un savoir caché dans le texte-coffre. Je verrais en outre volontiers un double sens herméneutique et érotique dans les derniers vers potentiellement équivoques avec les expressions comme « ovecques soy l’enchaenne », « la mete. iiii. fois enverse » ou les mots « gieu » et « tornoiement », ce qui met en corrélation le jeu d’ouverture du texte (décryptage) et le jeu sexuel auxquels le lecteur et l’amant se livrent respectivement l’un avec l’amie, l’autre avec les lettres.
Le Roman de la Rose : la corrélation des expériences amoureuse et herméneutique
Cette corrélation entre expérience amoureuse et jeu de l’herméneutique littéraire, suggérée à la fin de la Clef d’Amour, est exploitée par Jean de Meun dans le Roman de la Rose autour des images d’ouverture et de clôture : de même que le pèlerin doit desclore la rose, le lecteur doit desclore le sens allégorique second. Passer le petit guichet fermé du jardin de Déduit fait écho au franchissement de la voie étroite du paradis et au passage étroit du sexe féminin dans la défloration finale. Pour autant, le texte n’exploite pas strictement la clef en ce sens, mais plutôt les images de passages de portes, assortis éventuellement d’effraction. De façon plus nette, les images exploitent cette corrélation possible. Ainsi du manuscrit de Rennes qui met en scène dans son frontispice simultanément le seuil du texte, du livre et du verger de Déduit à travers la grande clef tenue par Oiseuse. Il suggère de plus que la captation opérée dans l’expérience amoureuse trouve son analogue dans l’expérience littéraire, toutes deux nécessitant une disponibilité d’esprit incarnée par Oiseuse, et non dépourvue de périls comme le suggère la parenté de Oiseuse avec les sirènes par ses attributs que sont le peigne et le miroir. Ainsi Oiseuse, sous le double signe de la disponibilité et du plaisir, apparaît comme la figure médiatrice ambivalente, la clef qui donne accès à la fois à l’expérience amoureuse et à l’expérience littéraire sous son aspect herméneutique et hédoniste.
La clef, comme objet médiateur, interdit ou autorise donc l’accès au cœur, au corps ou au texte, tous trois métaphorisés comme coffres contenant un trésor qu’il s’agit d’obtenir. Représentation du bon vouloir de l’autre, dame ou dieu Amour, du phallus ou de la subtilité du lecteur, elle met en jeu une tension de l’ordre du pouvoir ou du savoir, dans un dynamisme inchoatif ou fortement polarisé. En cela, la clef assure volontiers une fonction narrative d’embrayeur ou de scansion du récit. Le traitement de la métaphore est assez stéréotypé, mais compensé par la variation du dispositif allégorique et des réseaux d’équivalences possibles. Les métaphores peuvent même être réversibles : ainsi du texte-clef et non seulement coffre dans la Clef d’Amour. Les clefs d’amour s’inscrivent donc dans le modèle courtois, mais aussi dans ses contrepoints grivois et développent à l’occasion une dimension herméneutique, suggérant que le texte est un contenant clos dont le sens énigmatique ou allégorique est à ouvrir par un lecteur, ultime détenteur des clefs du texte."
Bises et bon vendredi

Claudine/canelle 02/02/2018 09:35

Bonjour Cendrine
Qu'elles sont belles toutes ces clefs , il y a là de quoi rever
Merci encore pour toutes tes recherches
BisesCendrine

FéeLaure♥ 02/02/2018 07:27

Coucou Cendrine
Une nouvelle fois, je me suis régalée à te lire et à voir ces belles images ♥ Tu sais combien j'aime les ♥♥♥...et bien figures toi que moi aussi j'aime les clefs ! elles me fascinent aussi et j'en ai chiné un petit trousseau et deux trois par ci par là...Lorsque nous habitions sur Lyon, il y avait un encadreur pas loin et pour la Saint Valentin, il avait créé un cadre avec une clef en forme de ♥...je lui avais demandé d'où elle venait, il m'avait répondu qu'il l'avait chinée ! Mon rêve en trouver une un jour... Tu es comme moi tu vois ces cadenas en forme de ♥...une blogueuse m'avais répondu une fois qu'elle y voyait une tête d'ours....
Les images que tu nous montres sont magnifiques et font rêver comme toujours, toutes plus belles les unes que les autres et il y en a même une en forme de dragon ! mais pas de fée... hihi
On vous souhaite un doux week end avec des gourmandises et des petits bonheurs, on pense bien à vous
Gros gros bisous