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La chimère écarlate

La chimère écarlate

Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...

Théodore de BANVILLE, Lecture

Dod Procter, Liseuse

Dod Procter, Liseuse

Poème issu du Recueil « Dans la fournaise »

 

Oh! quelle volupté! Lire!

Entendre, oubliant nos maux,

Tous les frissons de la Lyre

Exprimés avec des mots!

 

Et regarder les estampes,

Quand voltige et tremble un peu

Sur la blancheur de nos tempes

Le rose reflet du feu!

 

Sans les toux préparatoires,

Le Livre, doux et charmant,

Nous raconte des histoires,

Mais silencieusement.

 

Les caractères en foule

S’en vont d’un pas leste et fin,

Et le conte se déroule

Comme une étoffe sans fin.

 

Nous voyons les belles phrases

Construites selon nos voeux

Nous montrer des chrysoprases

Dans les ors de leurs cheveux.

 

Et menant la mascarade

Sous les rubis indiens,

Les mots qui font la parade

Sont tous des comédiens.

 

L’un que la louange flatte,

Apparaît tout radieux,

Portant la pourpre écarlate;

Il fait les Rois et les Dieux.

 

Tel, qui parmi nous émigre,

Nous vient du pays latin,

Et tel autre est, comme un tigre,

Plus rayé que Mezzetin.

 

Quelle joie! auprès de celle

Dont le regard plein de jour

Même dans l’ombre étincelle,

Lire des strophes d’amour!

 

Mais lire est plus doux encore

Lorsque le Temps envieux

Avec sa neige décore

Notre front devenu vieux.

 

Alors, penché sur son livre,

Le vieillard, qu’on trouble en vain,

Dit à l’Archer toujours ivre:

Je ne bois plus de ton vin.

 

C’est fini des soins moroses!

Je n’effeuille plus de lys

Ni de rougissantes roses

Pour Silvie ou pour Philis.

 

Sans colère, il dit à maintes

Cruelles aux fronts pâlis:

Églés et fières Amintes,

Ne fredonnez pas. Je lis.

 

Il dit: Chez moi je n’accueille

Ni Lisettes ni Lizons.

Il n’est plus temps que je cueille

Des violettes. Lisons.

 

Mercredi, 25 novembre 1885

 

Théodore de Banville (1823-1891)

 

https://www.poetica.fr/biographie-theodore-de-banville/

 

 

Judy Gibson

Judy Gibson

Le tableau que j'ai choisi pour illustrer le début de ce billet est signé Dod Procter. Il s'agit de Doris Margaret Shaw (1890-1972), artiste anglaise, épouse de l'artiste Ernest Procter qui réalisa des oeuvres dans la continuité de l'Ecole de Newlyn.

 

Dod Procter, Doux état d'abandon après la lecture...

Dod Procter, Doux état d'abandon après la lecture...

La Newlyn School s'établit à Newlyn, port de pêche pittoresque situé sur la côte sud de la péninsule de Penwith, en Cornouailles, au sud-ouest de l'Angleterre. Au début du XIXe siècle, de nombreux artistes britanniques se prirent de passion pour les paysages maritimes lumineux et la vie des habitants, dans l'esprit des peintres de Barbizon qui allaient capter la lumière naturelle dans la forêt de Fontainebleau et aussi dans l'esprit de la colonie de peintres en plein air de Skagen au Danemark.

 

Les artistes de l'École de Newlyn étaient de remarquables portraitistes, appréciant de baigner d'une fine lumière les visages et les corps des sujets choisis.

 

Alexei et Sergei Tkachev, Summer, 1991

Alexei et Sergei Tkachev, Summer, 1991

Janet Hill

Janet Hill

Je vous souhaite de savoureuses lectures d'été...

Gros bisous!

Théodore de BANVILLE, Lecture
Théodore de BANVILLE, Lecture

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Commenter cet article

Ellyne 15/08/2018 23:55

Moi aussi j'aime beaucoup la petite souris

Cendrine 20/08/2018 03:44

Ravie...

Ellyne 15/08/2018 23:53

Magnifique poème
J'adore lire
Les illustrations sont très belles

Cendrine 20/08/2018 03:44

Merci beaucoup!!!

Promeneur75 15/08/2018 11:42

Merci de votre article.

J'ai particulièrement apprécié le poème que vous avez mis au début et la petite souris à la fin de l'article.

Cendrine 20/08/2018 03:45

Merci beaucoup cher Promeneur 75

gérard 15/08/2018 10:46

Magnifique ode à la lecture avec des illustrations adorables purement Cendrinesque

bon 15 août
bisous

Cendrine 20/08/2018 03:45

Merci beaucoup!!! Très touchée
Bisous facétieux

Une fleur de Paris 14/08/2018 11:11

Bonjour Cendrine,
Un super texte qui me va comme un gant … Je lis beaucoup, pratiquement tout le temps. Je m'évade grâce à la lecture, j'y trouve un refuge.
Bonne journée Cendrine, grosses bises, Véronique

Pastyme 14/08/2018 11:04

Superbe texte qui met en valeur notre belle langue, si malmenée aujourd'hui, entre les en anglicismes qui se multiplient, le langage SMS ou la fâcheuse manie qu'on les gens de prendre n'importe quel mot et d'en faire un verbe....
J'aime bien la petite souris qui lit ..
bonne journée

mamie lucette 14/08/2018 09:42

Bonjour Cendrine, très joli poème de Théodore de Banville et tu l'as magnifiquement illustré de belles peintures.. Bonne journée, bons baisers

Claudine/canelle 14/08/2018 09:05

Merci à toi pour ce poeme choisi ..j'ai beaucoup aimé le découvrir
Merci Cendrine
Bises

Cendrine 20/08/2018 03:46

Merci à toi, c'est très gentil
Gros bisous

ZAZA 14/08/2018 07:21

Coucou ma Cendrine,
C'est un poème en alexandrins magnifique. Théodore de Banville est un poète très souvent qualifié de lyrique.
Baudelaire affirmait "le talent de Banville est essentiellement, décidément et volontairement lyrique", et Gautier confirmait "de la poésie, il possède la note la plus rare, la plus haute, la plus ailée, le lyrisme. Il est en effet, lyrique, invinciblement lyrique, et partout et toujours, et presque malgré lui, pour ainsi dire". Parmi les poètes postérieurs, Mallarmé
écrivait : "Théodore de Banville n’est pas quelqu’un, mais le son même de la lyre. Avec lui, je sens la poésie m’enivrer, que tous les temps ont appelée ainsi et bois à la fontaine de lyrisme"
Tant de grands ont reconnu ce lyrisme qui le caractérise, que je ne peux qu'approuver.
Merci de nous avoir proposé ce magnifique poème accompagné d'un superbe tableau de Dod Procter.
Bises et bon mardi
.