Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...
Célébrer la Lumière, énergie fondatrice, entité qui jaillit du Chaos Ténébreux. Impalpable et ardente, elle irradie sous la plume d'un de nos plus grands poètes : Anatole France (16 avril 1844-12 octobre 1924). Le texte est issu d'un superbe recueil intitulé Les Poèmes Dorés, paru en 1873.
A la Lumière
Dans l'essaim nébuleux des constellations,
Ô toi qui naquis la première,
Ô nourrice des fleurs et des fruits, ô Lumière,
Blanche mère des visions,
Tu nous viens du soleil à travers les doux voiles
Des vapeurs flottantes dans l'air :
La vie alors s'anime et, sous ton frisson clair,
Sourit, ô fille des étoiles !
Salut ! car avant toi les choses n'étaient pas.
Salut ! douce ; salut ! puissante.
Salut ! de mes regards conductrice innocente
Et conseillère de mes pas.
Par toi sont les couleurs et les formes divines,
Par toi, tout ce que nous aimons.
Tu fais briller la neige à la cime des monts,
Tu charmes le bord des ravines.
Tu fais sous le ciel bleu fleurir les colibris
Dans les parfums et la rosée ;
Et la grâce décente avec toi s'est posée
Sur les choses que tu chéris.
Le matin est joyeux de tes bonnes caresses ;
Tu donnes aux nuits la douceur,
Aux bois l'ombre mouvante et la molle épaisseur
Que cherchent les jeunes tendresses.
Par toi la mer profonde a de vivantes fleurs
Et de blonds nageurs que tu dores.
Au ciel humide encore et pur, tes météores
Prêtent l'éclat des sept couleurs.
Lumière, c'est par toi que les femmes sont belles
Sous ton vêtement glorieux ;
Et tes chères clartés, en passant par leurs yeux,
Versent des délices nouvelles.
Leurs oreilles te font un trône oriental
Où tu brilles dans une gemme,
Et partout où tu luis, tu restes, toi que j'aime,
Vierge comme en ton jour natal.
Sois ma force, ô Lumière ! et puissent mes pensées,
Belles et simples comme toi,
Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta foi
Leurs formes toujours cadencées !
Donne à mes yeux heureux de voir longtemps encor,
En une volupté sereine,
La Beauté se dressant marcher comme une reine
Sous ta chaste couronne d'or.
Et, lorsque dans son sein la Nature des choses
Formera mes destins futurs,
Reviens baigner, reviens nourrir de tes flots purs
Mes nouvelles métamorphoses.
-Romancier, nouvelliste et critique littéraire, François-Anatole Thibault, dit Anatole France, était le fils d'un libraire apprécié par les frères Goncourt et de célèbres écrivains.
-En 1881, il connut le succès et reçut le prix de l'Académie Française avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, un premier roman où le héros est un érudit amoureux de sa bibliothèque, « distrait, lunaire, aimable et souvent naïf ».
-Il écrivit une Tétralogie de l'Histoire Contemporaine, quatre romans dont le héros se nomme Bergeret et qui apparaît « comme un juste panorama de la France sous la IIIe République (1870-1940) et tout particulièrement pendant l'Affaire Dreyfus.
-En 1892, dans L'Île des Pingouins, Anatole France imagine un érudit qui se retrouve sur une île entièrement peuplée de pingouins. Il se met à les baptiser, « ce qui provoque un grand remue-ménage au Paradis Chrétien ».
-En 1893, parut La Rôtisserie de la Reine Pédauque.
La Rôtisserie de la Reine Pédauque, Éditions Terres Latines, 1952. Illustrations par Jacques Touchet
Il s'agit d'un roman initiatique qui se déroule au XVIIIe siècle et qui est écrit dans la langue magnifique du Siècle des Lumières.
Le héros, Jacques Ménétrier, issu d'une famille de rôtisseurs, (ses proches le nomment Jacques Tournebroche), évolue dans une librairie appelée « A l'image Sainte-Catherine ». Il relate ses aventures de jeunesse auprès d'une galerie de personnages truculents.
Jacques a été initié aux Belles-Lettres par un abbé jouisseur, l'abbé Coignard, épris de belles poitrines féminines ! Jacques et l'abbé Coignard rencontrent un mystérieux alchimiste dans un château, une sorte de Merlin qui leur explique comment on peut tomber amoureux de femmes salamandres dont il faut se méfier !
Un roman plein de charme, drôle et incisif, une aventure littéraire aux nombreux rebondissements...
-Dans Le Lys Rouge, en 1894, Anatole France exprime un amour de plusieurs années vécu avec sa meilleure amie, Madame de Caillavet. Il explore avec hardiesse l'intensité et la complexité du sentiment amoureux. L'Amour étant « la plus antisociale, la plus sauvage des passions ! »
-Il fut élu à l'Académie Française en 1896.
-En 1908, dans Les dieux ont soif, « ce républicain solidement anti-clérical, fait le procès des excès de la Terreur, qu'il impute d'ailleurs non pas tant à la Révolution elle-même qu'à la nature humaine. » Libre penseur, il fut membre de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen.
-La Révolte des Anges, publié en 1914, est une pépite !
Des anges rebelles se réunissent, dans le Paris de la Troisième République, afin de préparer un coup d'État contre Dieu. Ils désirent que Lucifer, l'Ange de Lumière, soit honoré sur le trône du ciel à la place de son père qu'ils jugent trop vieux et réactionnaire.
Au gré d'une satire sociale implacable, Lucifer préfère ne pas renverser son père car il veut privilégier sa parole et sa pensée libres. Il laisse à Dieu la lourde charge d'un règne considéré comme sclérosé et savoure sa vie parmi l'Humanité.
Les personnages, qu'il s'agisse des anges ou bien des hommes, sont particulièrement truculents. On découvre avec bonheur Alexandre d’Esparvieu, collectionneur passionné par les livres, qui réunit dans sa bibliothèque trois cent soixante mille volumes, imprimés ou manuscrits !
Monsieur Sariette, bibliothécaire ultra zélé qui vit un jour un livre s'envoler par une fenêtre !
Maurice, un jeune homme voluptueux qui rencontre Arcade, son ange gardien, lui aussi fasciné par les livres.
-En 1921, Anatole France reçut le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre.
-Amoureux des Livres, Anatole France vécut une savoureuse vie d'auteur, d'esthète, de penseur libre et audacieux et de critique acerbe des institutions de notre pays. Il disparut en 1924 et fut honoré, « en contradiction avec ses dispositions testamentaires » par des obsèques nationales à Paris, le 18 octobre 1924, puis il fut inhumé à Neuilly-sur-Seine dans le caveau familial.
-Il a donné son nom à de nombreux collèges en France et à l'étranger.
Anatole France est l'un de mes écrivains préférés...
Je m'éclipse en pensant bien à vous chers aminautes, gros bisous et merci de votre fidélité...