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Janus féminin de l'ancienne Fontaine du Marché des Carmes, Square Gabriel Pierné, Paris, 6e arrondissement. Photo Cendrine
Autrefois, le 9 janvier, on honorait Janus, dieu bicéphale, maître des forces calendaires, dieu des seuils et des passages, gardien des portes, des carrefours et des vérités mystérieuses.
Dieu investi du pouvoir du Soleil qui régnait sur les voies de communication, orchestrait les départs et les retours, refermait les portes de l'année écoulée et ouvrait grand les portes de l'année nouvelle... Avec sa parèdre, la déesse Diane que l'on appelait aussi Jana, il veillait à la prospérité de la Cité et s'imposait comme un protecteur du mariage.
Diane et Janus représentaient l'union fertile des principes féminin et masculin et tout naturellement, les populations considéraient le mois de Janvier comme une période idéale pour se marier.
Suivant cette tradition de la Rome antique, on disait autrefois :
« Mariage de Janvier donne des époux gais ! »
Janus était l'un des dieux les plus anciens de Rome, un dieu italique venu du fond des âges. Émanation du dieu Soleil des Sabins, il était « le portier céleste », « le dieu du ciel lumineux »... En tant que porteur de clefs, il présidait au commencement de toute chose, il ouvrait, de manière réelle et symbolique, les serrures, les portes, les voies, les chemins...
D'après Ovide, on le représentait généralement avec une clef dans la main gauche et une baguette dans la main droite ou avec l'un ou l'autre de ces attributs. D'autres auteurs, comme Pline (Histoire Naturelle), Macrobe (Saturnales) ou Lydus (De Mensibus), relatent que certaines effigies de Janus tenaient dans la main droite trois cents cailloux et dans la main gauche, soixante-cinq cailloux. Des cailloux représentant les jours de l'année et qui se voyaient investis d'une charge magique.
La baguette, appelée lituus ou virga, aimantait un puissant pouvoir protecteur et augural. Elle repoussait le mal qui cherchait à franchir la porte d'un lieu et elle était utilisée pour communiquer, de manière subtile, avec des forces susceptibles de révéler des choses cachées.
La clef était une sorte de trait d'union entre les énergies célestes et les puissances chthoniennes et telluriques. Dans l'Antiquité, la clef était symboliquement attribuée aux divinités des cultes à mystères comme Hécate, Cybèle, Proserpine, Harpocrate, Pluton...
« Tout ce que tu vois, le ciel, la mer, les nuages, les terres, ma main le ferme et l'ouvre tour à tour. (Sous) la garde de l'immense univers; le pouvoir de faire rouler les gonds m'appartient sans partage. » Ovide (43 avant J.-C.- 17 ou 18 après J.-C.), Les Fastes, 15 après J.-C.
Janus était associé au dieu étrusque Than, souverain des Augures et des Points Cardinaux, à Festus, le dieu des Voies Sombres et du Chaos et à Saturne, Maître du Temps, Seigneur des Chronologies Magiques et de la Météorologie, à la fois source de destructions (pluies diluviennes hivernales...) et de bienfaits. Janus veillait, dans ce contexte, sur les portes sacrées que l'on ouvrait en temps de paix ou en tant de guerre.
Indispensable à la vie de la Cité, il portait une profusion de noms. On l'appelait Janus Pater, le dieu des dieux et Pater Matutinus : « le Père du Point du Jour », sorte de parèdre de la magnifique Eôs aux doigts de rose : l'Aurore...
Son nom le plus célèbre était Janus Bifrons et sous ce terme, il était représenté doté de deux visages dont l'un pouvait être jeune et imberbe et l'autre, apparaître barbu et âgé.
On le connaissait comme Patulcius, celui qui ouvre et Clusius, celui qui ferme... et également comme :
Janus Quadrifons, le dieu des points cardinaux, les quatre « airts » que l'on retrouve au fil du temps dans les territoires celtiques...
Janus Geminus, le maître de ce qui est double.
Janus Quirinus, le maître de la Cité, épithète de Romulus, le fondateur de Rome... (Romulus qui avait un jumeau nommé Rémus... On retrouve toujours le thème du double).
Janus Consivus, « celui qui favorise les productions de la nature », « celui qui veille sur les semences et protège les naissances ».
Janus Portunus, le dieu des ports et des voyages sur l'eau et sur la terre, créateur de la navigation.
Janus Belliger (le Belliqueux), Janus Biformis (celui qui a deux formes), Janus Junonius (le seigneur de Juin, Juin étant le mois des Gémeaux qui sont par nature Doubles!), Janus Patricius (le Patricien, celui qui est de la « Cité », qui est « revêtu de dignité »), Janus Biceps (mot latin signifiant « à deux têtes, à deux faces, à deux extrémités »), Deorum Deus (Deorum est en latin le génitif pluriel du mot Deus... Janus n'est pas seulement un dieu parmi les dieux, sa force peut multiplier les énergies associées aux dieux...)
Le 9 janvier, sa vigueur créatrice se répandait dans toute la Cité, symbolisée par le sang d'un bélier, animal solaire par excellence, que l'on sacrifiait au cours des Agonales, fêtes d'abondance données en l'honneur de Janus Agonius (Agonius signifie « combat »).
D'après Ovide, Janus était il y a très longtemps le souverain du Chaos Originel, lié à la Création du Monde.
Seigneur du calendrier, des calendes et gouverneur de la lumière naissante du matin, il était, outre les différents aspects invoqués, le maître incontesté du mois de Janvier (Januarius). Bien au-delà de la Rome antique, dans l'Europe de certains de nos ancêtres, il régnait sur les croyances et les pratiques magico-religieuses associées au mois de Janvier.
Janvier, un mois d'ouverture et de commencement mais n'oublions pas qu'à plusieurs époques, l'année ne débutait pas en Janvier mais le premier Mars ou le premier Avril...
Dieu des Origines, Protecteur de tout Commencement, Janus était autrefois révéré sous la forme de la constellation du Bouvier, constellation qui resplendit à l'heure fatidique de Minuit au moment du Solstice d'Hiver.
Le Bouvier, une « entité » céleste des plus puissantes, un personnage mythologique portant des insignes de pouvoir : bâton, sceptre, baguette, faux liée au temps des moissons. On rapprochait donc Janus de Philomélos, fils de la déesse mère Cérès/Déméter, inventeur de la charrue. Le Bouvier veillait sur sept bœufs qui représentaient la Grande Ourse. Il est devenu plus tard le gardien de la Petite et de la Grande Ourse qu'il protège, autour du Pôle Nord, en compagnie de deux Chiens qui forment la constellation des Chiens de Chasse.
Maître du Ciel et de la Terre, Janus avait pour parèdre Diane/Jana, comme je l'écrivais au début de cet article mais aussi Cardéa, la déesse qui personnifie les gonds des portes appelés cardines.
Avec Juturna, la déesse des fontaines, des sources et des puits, qui gouverne les portes de la naissance et possède des pouvoirs guérisseurs, il eut un fils : le dieu Fontus qui régnait sur les eaux vives.
En tant que dieu des portes, Janus protégeait la lumière du foyer. Il s'accordait ainsi à Vesta, la déesse du feu brûlant dans l'âtre familier et pouvait être rapproché des Pénates, les pourvoyeurs d'abondance, les genius loci qui protégeaient l'intégrité du garde-manger.
Pour certains linguistes, l'étymologie de Janus était à rapprocher du sanscrit « jan » qui évoque la paternité, la puissance des lignées et des générations. Et pour différents mythologues, Janus a des points communs avec le dieu hindou Ganesh/Ganesha doté d'une tête d'éléphant.
Ganesh est un gardien du seuil, un dieu rempli de bienveillance et de sagesse qui protège les routes et l'entrée des temples et des habitations. Ganesh est également celui qui « veille au passage des dieux » et préserve les cycles calendaires. Il est désigné comme « maître des obstacles qu'il aide à résoudre ». De plus, Ganesh possédait une tête d'homme avant de revêtir sa tête d'éléphant (dualité...)
D'autres points communs peuvent être établis entre Janus et Apollon, le dieu du Soleil et entre Janus et Hermès, dieu des routes, des chemins, des bornes milliaires et des carrefours...
Janus était le souverain du Janicule, une colline romaine fortifiée pour protéger la navigation sur le fleuve Tibre, par le roi Ancus Marcius, quatrième des sept rois légendaires de la Rome antique qui régna entre -640 et -616 avant J.-C. Une proue de navire, associée au pouvoir que Janus exerçait sur les eaux, était donc représentée, avec le double visage du dieu, sur certaines monnaies.
Dans les temples de Janus et notamment dans celui qui se situait au Nord-Est du Forum de la Ville Éternelle, on trouvait « un passage voûté à double façade », sorte d'arc de triomphe appelé Janua. Cette construction était fermée en temps de paix et ouverte en temps de guerre.
Dans chaque temple consacré au dieu bicéphale, était élaborée une architecture dite « calendaire ». Les quatre façades représentaient les saisons. Chaque façade était rythmée par une porte et trois fenêtres qui désignaient les trois mois formant chaque saison. Le culte se déroulait autour de douze autels symbolisant les mois de l'année.
Le jour des calendes de janvier, on célébrait, avec force réjouissances, les Janualia, cérémonie d'étrennes à la fois publiques et privées. La population romaine s'échangeait des cadeaux sous l'obédience de la déesse Strenia, maîtresse des étrennes (strenae). Originellement, il s'agissait de feuilles de laurier et de figues sèches.
Les Consuls de Rome allaient au Capitole, juchés sur des chevaux blancs majestueux pour honorer Jupiter, maître des Olympiens puis ils déposaient dans le temple de Janus du vin, des dattes, des figues, de l'encens, du miel dans un vase neuf ainsi qu'une pièce d'or (une pièce qui était à l'origine en cuivre). Ces cadeaux, auxquels on ajoutait un gâteau de chance désigné comme « Janual », étaient considérés comme des emblèmes de prospérité.
Prospérité en tous domaines que je vous souhaite de tout coeur, chers Aminautes...
Avec tendresse et amitié...