Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...
Le long des rues et des routes, les platanes dessinent des allées majestueuses, galeries vivantes où frissonnent l'ombre et la lumière. Dressés avec panache sur les places des villages, ils offrent, dans la chaleur estivale, leur généreux ombrage aux passants et brodent sur le ciel une séduisante palette de couleurs et de formes. Ils appartiennent au paysage de nos vies mais, la plupart du temps, nous passons à côté d'eux sans leur accorder l'attention qu'ils méritent.
Chers aminautes fidèles, vous savez que j'aime intensément les arbres. Je les considère comme des amis au sang vert et je tisse avec eux un dialogue mystérieux et tellement délectable.
Parmi mes amis sylvestres, il y a les grands arbres de la forêt d'Écouen, le vieux platane du Parc Monceau, le vieux robinier du square Viviani, les grands platanes de la fontaine Médicis au Luxembourg... et il y a aussi un platane qui se dresse dans une partie plus intime du jardin des Tuileries. Depuis de longues années, j'aime voir palpiter dans la lumière ses branches serpent ! Le rude hiver 2018 lui a réussi. Il est gigantesque et plein de force.
Hybride entre une espèce originaire d'orient et une espèce répandue en Amérique du Nord, le platane commun fut implanté en France en 1754. Il peut s'élever jusqu'à 55 mètres de hauteur. Ses fruits sont des petits akènes entourés d'un duvet et groupés en boules (glomérules) que les enfants utilisent comme poil à gratter. Il peut vivre de 500 à 2000 ans.
Son écorce, à maturité, forme de larges écailles (rhytidomes) qui se détachent par plaques, laissant apercevoir une écorce nouvelle. Le platane est donc perçu comme un symbole de régénération.
Son espèce orientale, Platanus Orientalis, fut introduite à Rome dans l'Antiquité. Il fallut attendre la Renaissance pour qu'elle se répande en France et en Angleterre.
Aux alentours de 1620, le botaniste Tradescant apporta en Grande-Bretagne des graines de platane américain (Platanus Occidentalis) et pendant plusieurs siècles on cultiva des espèces hybrides et des espèces « pures ».
Dans la deuxième partie du 18e siècle, Buffon introduisit différents platanes dans les plus beaux jardins de France. Certains ont survécu mais hélas, de nombreux spécimens furent décimés par des maladies comme l’anthracnose, sorte de « lèpre » touchant de préférence les représentants de l’espèce américaine.
De nombreuses villes plantèrent des platanes après 1789 et à l'époque de Napoléon III. Issus de plusieurs hybridations, les platanes les plus résistants furent nommés acerifolia puis hybrida ou hispanica.
Mais d'autres agents pathogènes (champignons, moisissures...) attaquèrent ces arbres gardiens des bords de route. Les biologistes tentèrent alors de nouveaux croisements entre les espèces hybrides et le fameux platane américain, au port majestueux.
Très répandu dans les parcs et grands jardins, le platane commun ou platane à feuille d'érable « acerifolia » en latin, est le fruit du croisement des deux espèces : « Platanus occidentalis » et « Platanus orientalis ».
Dans l'Antiquité, les platanes étaient vénérés et appelés «les fils de Gaïa», la déesse de la terre.
Les dendrophores ou « porteurs d'arbres » menaient, dans les villes et les provinces de la Rome ancienne, la procession du pin sacré en l'honneur d'Attis, le seigneur de la végétation. Au cours de ce qu'ils appelaient « l'arbor intrat », l'arbre divinisé pouvait être le tronc ou les branches d'un platane sacré, transporté au moment de l'équinoxe de printemps.
Un platane majestueux se dressait sur l'île de Kos, dans le temple d'Asclepios, le dieu grec de la médecine. Le célèbre médecin Hippocrate dispensait son enseignement sous son ombrage. Le caducée est une baguette de platane ailée autour de laquelle s'enroulent deux serpents. D'ailleurs plus le platane vieillit, plus son écorce se fissure, formant les fameuses écailles qui lui donnent l'aspect d'une peau de serpent.
Dans l'ancienne Carthage, le platane était consacré à Tanit, la déesse de la fécondité. Dans la mythologie grecque, ayant abrité les amours de Zeus et de la nymphe Europe, il fut décidé qu'il ne perdrait plus ses feuilles.
Le platane est également associé au thème de la Liberté. Le 30 mars 1797, à Bayeux, un platane fut mis en terre au centre de la Place de la Liberté, dans l'ancienne cour intérieure du palais des évêques de Bayeux, aujourd'hui siège de l'Hôtel de ville. Cet arbre vénérable s'élève à plus de trente mètres de hauteur.
J'aime me retrouver, aux Tuileries, sous le généreux ombrage de mon ami l'arbre, au bord d'un bassin, confortablement installée, mon carnet à la main. Je ressens, très intensément, le plaisir de l'instant qui n'a pas de prix tant il est précieux !
Belles pensées pour vous qui passerez ici...