Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...
Je vous invite à savourer, sur Calaméo, le remarquable travail effectué par Alain Yvars, du blog Si l'art était conté.
Baudelaire qui brodait les clartés et les ombres, au cri tourmenté de sa sensualité. Un chuchoteur à la plume de fièvre...
Voici le lien vers le blog d'Alain:
http://www.httpsilartetaitconte.com/archive/2018/04/30/les-fleurs-du-mal-6047577.html
Et le lien vers Calaméo :
https://fr.calameo.com/read/002509381a189d9672d7a
Ce témoignage d'un amoureux de l'Art, avec un A majuscule, est un vrai plaisir de lecture. Merci Alain !
J'aime aussi beaucoup le choix des tableaux qu'il présente en regard des textes.
J'adore Baudelaire et parmi la myriade de poèmes qui me fait chavirer (La Chevelure, Le Serpent qui danse, Le Vampire, Le Chat, Correspondances...) voici mon coup de coeur supplémentaire...
Sed non Satiata
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.
Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié! verse-moi moins de flamme;
Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois,
Hélas! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine!
Un sonnet aux résonances sauvages, puissantes et mystérieuses, consacré à Jeanne Duval, Vénus d'ébène et maîtresse passionnée de Baudelaire.
Jeanne incarne le double visage de la femme, la femme aimée et redoutée, muse aux phéromones fécondes. Déesse qui donne et Sorcière qui triomphe de la volonté de l'homme, insufflant le désir, bête fauve qui ravage muscles, nerfs, veines....
Rage sexuelle, désir ogresque, énergie torrentielle érotique de la femme qui fracasse l'homme dans les nacres du lit...
Jeanne Duval et Baudelaire s'aimèrent, se séparèrent, se retrouvèrent plusieurs fois comme dans ce poème de la faim inassouvie où triomphe l'ambivalence féminine, « bizarre déité », territoire de chair embrasée.
De sa bouche d'enchanteresse où perle un élixir, la femme Faustienne « prend » l'homme et le poète. Exotique beauté qui exerce sur sa proie un délicieux et impitoyable veneficium : « fille de quelque obi... » Un obi est un sorcier d'Afrique.
Incarnation de l'ivresse des sens, la femme porte comme des bijoux charnels un assemblage de parfums hautement reconnaissables (musc, havane...), alchimie olfactive qui émane de mondes lointains.
Tentatrice insatiable est la femme qui charme, la femme aimée, désirée, déifiée qui devient Mégère, créature mythologique issue de la lignée des Gorgones, à la fois Méduse à la chevelure de serpents, émanation de Nyx, la Nuit Primordiale et implacable Nemesis.
L'homme et le poète luttent dans cet enfer féminin qui les attire jusqu'au point de non retour. Ainsi Baudelaire évoque les affres de la passion, la souffrance illuminée et les attirances homosexuelles de sa splendide maîtresse :
« Hélas et je ne puis... dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine... »
Poème qui me subjugue, lumineuse et ténébreuse animalité, explosion de rage, de littérature et de sexualité par tous les pores de la page blanche !
Coulures colorées d'un amour inscrit sur les courbes du Temps...
Avec mon Amitié !