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Chers aminautes, j'avais prévu de vous parler des maisons de pain d'épices et j'ai « dévié » vers les pétillants et régressifs sucres d'orge ! Vous ne m'en voudrez pas... Sourires ! J'ai commencé à écrire un article sur les maisons de pain d'épices et leur symbolique à travers le folklore et il s'est révélé plus conséquent que prévu. Je prends donc le temps de le terminer.
En attendant, restons, si vous le voulez bien, dans le domaine des gourmandises de fête !
La canne de sucre d'orge est l'attribut des bonshommes de neige, des lutins et du Père Noël qui transforma en friandise la crosse de Saint-Nicolas.
Les origines de cette gourmandise aux couleurs joyeuses sont teintées de mystère. Certaines sources l'associent aux célébrations du solstice d'hiver dans l'Angleterre médiévale. Un mélange de miel et d'orge cuit était offert aux anciens dieux et aux représentants du Petit Peuple pour attirer la prospérité sur les villages.
Pour d'autres, la canne de sucre d'orge serait originaire des États-Unis. Un confiseur l'aurait créée, au XIXe siècle, en hommage au Christ et elle représenterait un J stylisé. Les bandes rouges seraient des emblèmes du sang versé par Jésus au moment de la flagellation alors que le blanc symboliserait la pureté de son cœur.
Selon une acception beaucoup plus ancienne, le rouge et le blanc sont deux « états » complémentaires. Indissociables dans les récits féeriques où l'on oscille entre mort et fécondité, ils apparaissent, généralement, sous la forme de sang versé sur la neige soit par une jeune fille blessée, soit par un animal que traque un chasseur. A noter qu'il s'agit souvent d'un animal magique, créature de l'Autre Monde qui engendre par la couleur écarlate de son sang une fleur ou une pierre précieuse.
Dans les contes, à l'instar de Blanche-Neige et dans les récits arthuriens, si une jeune fille se pique le doigt en brodant ou si elle s'écorche sur une épine de rose, elle perdra bientôt sa virginité et deviendra la mère d'une petite fille dotée de grands pouvoirs.
La canne de sucre d'orge, avec son beau « bariolage » fait allusion à ce fonds culturel très ancien et devient, par exemple « entre les mains » d'un mannele ou d'un bonhomme de neige, un objet de protection contre les énergies sombres de l'hiver.
En France, c'est aux Bénédictines de Moret-sur-Loing, en Seine et Marne, que nous devons la plus célèbre recette de sucre d'orge. La mère supérieure du Prieuré de Notre Dame des Anges, Élisabeth Pidoux, cousine du poète Jean de La Fontaine, lança, en 1638, la fabrication du sucre d'orge: un bâton aux vertus adoucissantes composé d'une décoction d'orge perlé (ou gruau d'orge), et de sucre de canne cristallisé avec du vinaigre.
Le sucre d'orge fut à l'origine un « sucre de gorge », destiné à apaiser les gorges endolories. Très prisé des orateurs car il leur donnait la voix claire, ce produit s'imposa rapidement à la cour de Louis XIV où il devint la coqueluche des gourmands. Bossuet, l'évêque de Meaux, en était particulièrement friand.
Le monastère fut « balayé » par la Révolution et après sa disparition en 1792, le secret du sucre d'orge faillit être définitivement perdu mais une religieuse appelée Soeur Félicité revint, quelques temps plus tard, à Moret-sur-Loing pour y terminer sa vie. Elle était la gardienne de la fameuse recette qu'elle transmit à l'une de ses amies. Vers 1853, Monsieur Desmarais, un négociant français en canne à sucre du Brésil put relancer la fabrication des confiseries.
Une congrégation de religieuses bénédictines fit son retour à Moret-sur-Loing et, de 1920 à 1950, les sucres d'orge connurent un regain de popularité. En 1972, après quelques années troublées, la soeur Marie-André transmit le secret à monsieur Jean Rousseau, natif de la petite ville de Seine-et-Marne. La Maison Jean Rousseau exploite toujours la licence des sucres d'orge de Moret-sur-Loing.
Sous le Second Empire, se développa le sucre d'orge de Vichy. Cette spécialité, fort appréciée par l'empereur Napoléon III, était à la mode dans les stations thermales. Il s'agit de petits bonbons ronds, en sucre cuit, aromatisés aux fruits et enveloppés de cellophane. Ils étaient réputés soigner les laryngites et rendre la voix claire aux orateurs.
Pour la petite histoire, les fameuses pastilles de Vichy, à la forme octogonale si caractéristique, sont nées en 1825, à l'initiative du chimiste Jean-Pierre-Joseph Darcet (1777-1844). Elles sont riches en principes actifs issus des sels de l'eau thermale de Vichy.
Le monde des friandises nous réserve une foule de surprises et réjouit tout autant nos papilles que nos esprits. Monde d'intense douceur dont fées, lutins et farfadets préservent les secrets... alors entrons dans la farandole, avec gourmandise et félicité !
Je vous souhaite un beau week-end dans les couleurs hivernales... Merci de vos gentils petits mots, prenez bien soin de vous, gros bisous !