Littérature, histoire de l'art, inspiration qui file au vent, photographie, poésie de l'instant...
Chaque tableau éveille en nous une sensibilité très personnelle. Notre vision du beau n'est pas forcément la même et des visages, des attitudes nous « parlent » plus que d'autres. Le monde des dames en bleu, associé à une profonde palette d'émotions, est un territoire mêlé de douceur et de force. J'aime son esthétique subtile, forgée dans le feu des légendes et révélatrice d'une mystérieuse modernité. J'aime ces dames aux silences éloquents et je vous invite à contempler mes principaux coups de coeur en bleu...
Je commence par Le miroir, oeuvre de Robert Lewis Reid (1862-1929), peintre impressionniste américain, membre des Ten American Painters, des artistes de la couleur et de l'instant, particulièrement actifs à Boston et à New York et surtout en rupture avec le monde des galeristes qu'ils jugeaient beaucoup trop mercantile.
La touche de Robert Lewis Reid se caractérise par une énergie tout aussi puissante qu'aérienne. Amoureux des effets de nacre et de transparence, des tons opalins, pastels et des traits évanescents, l'artiste faisait preuve d'une grande finesse dans la répartition des couleurs. Le miroir, objet symbolique, est souvent présent dans ses compositions.
Ce qui me séduit ici, c'est le flou des contours et la manière subtile dont ils se dérobent, invitant le regard à recomposer les lignes et les nuances de la couleur. Cela donne à l'ensemble un côté à la fois céleste et océanique et nous fait deviner des frissons de tempête sous la douceur.
Robert Lewis Reid a également peint de superbes kimonos bleus.
Avec la vogue du japonisme, différents artistes ont magnifié le bleu à travers une myriade d'étoffes précieuses et de délicates soieries poudrées d'or.
Couleur prisée dans le domaine de la mode, nous retrouvons le bleu sous le pinceau de Gustav Klimt, artiste emblématique des élégances à Vienne, entre Symbolisme et Art Nouveau.
L'oeuvre traduit l'expression d'une phase artistique nouvelle dans la vie de l'artiste Sécessionniste, celle de l'apparition de grandes surfaces ornées de motifs décoratifs laissant émerger le visage et les mains des personnages.
Le modèle est Émilie Louise Flöge (1874-1952), styliste et créatrice de mode autrichienne dont le succès fut manifeste à partir de 1904. Connue internationalement, elle possédait, avec sa soeur Hélène, un salon de haute couture sur l'une des plus prestigieuses artères commerçantes de Vienne : la « Mariahilfer Straße ». Ses activités furent florissantes jusqu'en 1938, date à laquelle, en raison du contexte historique et social, elle dut abandonner le salon et se réfugier à son domicile. Un incendie détruisit ses collections de vêtements, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Émilie et Gustav apparaissent enlacés, de manière précieuse et onirique, dans le célébrissime tableau Le Baiser, 1909.
Gustav était le beau-frère d'Hélène et vraisemblablement, le compagnon d'Émilie. Leur union se fit sous le signe des arts, à une époque particulièrement créatrice et propice aux nouvelles expériences esthétiques. Un film signé Raoul Ruiz leur fut consacré en 2006, avec Veronica Ferres dans lequel le rôle d'Émilie Flöge et le célèbre acteur américain John Malkovich dans celui de Gustav Klimt.
Je termine ce billet avec une oeuvre que j'aime profondément : Blue Poppies d'Odilon Redon (1840-1916).
Vous n'y verrez pas de dame en bleu, vous en devinerez la présence. L'une des principales qualités de cet artiste symboliste est de suggérer plutôt que de montrer. Amoureux de ce qu'il appelait « les mécanismes du rêve », il était fasciné par la Nuit, allégorie invisible mais dont l'influence se fait ressentir à travers nombre de ses toiles. Ainsi, la Nuit rythme le temps de l'oeuvre où palpitent des pavots bleus, « créatures » somnifères qui attisent les ivresses de l'esprit...
Sur ces chimériques notes bleues, je vous embrasse et vous adresse une myriade de pensées d'amitié, en attendant mon prochain billet...